Est-ce que vous pouvez nous présenter l’ARIA, DV GROUP et votre rôle ?

Luc Messien : L’ARIA Association Régionale de l’Industrie Automobile est une association loi 1901 créée en 1996. Elle regroupe plus de 200 adhérents tous acteurs de l’industrie automobile, tels que des constructeurs automobiles, des équipementiers de différents rangs, des fournisseurs de biens d’équipements, des institutionnels, des prestataires de services, des entreprises de la mobilité ou encore des start-up. Tous ces acteurs se lient à travers l’ARIA ce qui fait la force de notre industrie.

Pierre Vandenhove : DV GROUP est une entreprise de services à l’industrie spécialisée en Ingénierie, Maintenance et Contrôle. Depuis 50 ans, nous œuvrons chaque jour pour satisfaire nos clients en développant des solutions adaptées à tous les process industriels. Historiquement, l’automobile a toujours été un secteur fondamental pour notre groupe et aujourd’hui il représente environ 25% de notre chiffre d’affaires. Avec l’Aria, nous avons la même vision et partageons les différents enjeux et défis que l’industrie automobile doit relever. Certes, nos approches sont différentes, l’opérationnel et le productif d’un côté et l’institutionnel et l’associatif de l’autre, mais néanmoins complémentaires.

Historiquement et tout particulièrement depuis une quinzaine d’années, l’industrie automobile française n’a cessé de se développer. Vous avez donc accompagné les acteurs du secteur pour faire face à ces évolutions ?

PV : Depuis quelques années, nous assistons à une réelle révolution du secteur automobile. La course à la voiture autonome, connectée et écologique contraint les constructeurs à investir des sommes importantes pour l’innovation et ainsi se conformer à ces nouvelles tendances. Au niveau industriel, cela se traduit notamment par la modernisation, l’automatisation et la robotisation des systèmes de production. En tant qu’entreprise de services à l’industrie, nous nous sommes adaptés à ces évolutions afin d’accompagner nos clients dans cette mutation profonde en développant des solutions «IT 4.0» dédiées à ces nouveaux enjeux technologiques, économiques et environnementaux.

LM : Oui, tout comme DV GROUP nous sommes en liens étroits avec les acteurs du secteur. Nous les avons notamment accompagnés via des programmes de financement pour la montée en compétences des collaborateurs et particulièrement sur la partie digitalisation. Ainsi après trois programmes Asparance, nous soutenons actuellement les entreprises grâce à Arinnov. Ces programmes européens sont portés par la région qui suit de près l’industrie automobile pour essayer d’anticiper au mieux ses évolutions.

Quel est concrètement l’impact de la crise de la covid-19 sur le secteur automobile et quel a été votre rôle pendant cette période ?

LM : Concrètement, nous pouvons observer que l’impact de la covid-19 sur le secteur automobile a provoqué une chute globale du marché de 21 %. Le travail à distance s’est développé, les trésoreries et les flux d’approvisionnement se sont fragilisés, empêchant des projets d’aboutir. Les événements ont également été reportés. Durant cette période, l’ARIA a eu un rôle de facilitateur entre les entreprises et les organismes. En effet, nous avons accompagné les entreprises pour muscler leurs trésoreries et mobilisé des experts afin de les accompagner pour anticiper l’après crise. Dans ce cadre, on peut donc dire que la crise a démontré l’intérêt de faire partie de notre association !

PV : Comme l’a souligné l’Aria, la COVID-19 a révélé une crise sanitaire mais également industrielle. Pendant cette période, notre rôle a été d’accompagner nos clients dans cette situation inédite en maintenant l’ensemble de nos activités. Ainsi, nous avons scrupuleusement veillé à assurer la protection et la sécurité de nos collaborateurs, clients et partenaires. De plus, nous sommes pleinement impliqués dans la relance du secteur industriel et adhérons à l’initiative Grand Rebond de la French Fab qui vise à partager les innovations des industriels français et ainsi participer à la relance.

Le gouvernement a mis en place récemment un plan de relance. D’après vous, quelle sera la clé pour aider l’industrie automobile à rebondir ?

LM : Pour faire face à un marché mondial déstabilisé et à la baisse d’activité globale de la filière ; il est essentiel de soutenir l’ensemble de la chaîne de valeur automobile, et notamment les PME qui en sont le socle car sans approvisionnement local l’industrie automobile régionale ne peut être pérenne. Mais pour nous, ce plan de relance doit avant tout permettre aux entreprises locales de réussir leur transformation afin de rester compétitives.

PV : Tout à fait ! L’industrie automobile va devoir relever un double défi : se relever de la crise de la COVID-19 mais aussi se transformer notamment pour le lancement à grande échelle des véhicules de demain. Pour les surmonter, les industriels vont devoir se tourner vers l’Industrie 4.0 et adopter ses concepts clés qui sont aujourd’hui indispensables pour accélérer le rebond du secteur. L’aspect technologique est bien entendu l’élément principal mais je suis convaincu que l’accompagnement et la formation sont tout aussi importants. En résumé, pour tirer profit au maximum de l’Industrie 4.0 et ainsi rebondir, le véritable enjeu des entreprises est d’utiliser une solution pertinente, adaptée et sécurisée mais également de se faire accompagner et pour cela, s’adresser à un partenaire fiable.

D’après vous le niveau de digitalisation des entreprises de la filière automobile en Hauts-de-France est-il bon ?

PV : La digitalisation et les nouveaux process industriels, fondés notamment sur l’apport du big data et des algorithmes sont un fantastique gisement de gains de productivité mais également de flexibilisation de la production. Aujourd’hui, les grands constructeurs et fournisseurs l’ont bien compris et sont en train de se transformer radicalement. Cependant, le véritable enjeu actuel est de toucher les acteurs de plus petite envergure de façon à ce que l’ensemble des acteurs de la filière puissent avancer dans le même sens. Ainsi, l’industrie automobile sera plus performante et durable.

LM : Il est clair qu’en région, la digitalisation s’est accélérée mais elle touche effectivement encore très peu d’entreprises. Les données sont globalement disponibles mais pas forcément exploitées. De plus, en complément de la digitalisation il est essentiel que la filière se concentre sur la cyber-sécurité qui permet de protéger les données essentielles à la compétitivité des entreprises.

Compte-tenu de ces enjeux, comment imaginez-vous l’avenir de l’automobile, de la mobilité ?

PV : La voiture, élément phare de la vie quotidienne depuis le XXe siècle, fait actuellement l’objet de plusieurs débats. Plusieurs hypothèses sont sur la table : la voiture, dernier espace de sécurité, sera-t-elle l’alternative aux transports collectifs ? Ou à l’inverse, l’objet banni dû à son impact environnemental ? Il est clair que l’automobile est à un carrefour décisif de son histoire et une chose est sure : les acteurs de l’industrie automobile vont devoir s’adapter à ces nouveaux enjeux tout en restant centrés sur les attentes de leurs clients.

LM : En ce qui concerne la région Hauts-de-France, elle a de formidables atouts à faire valoir : une localisation exceptionnelle, au centre de l’industrie automobile européenne ; une diversité des acteurs avec la présence de nombreux groupes étrangers et de véritables savoir-faire portés par un tissu dense de PME. Je pense donc que l’avenir se fera en repensant nos modes de fonctionnement tout en se remettant tout le temps en question : nous devons répondre au plus près des exigences des consommateurs ainsi qu’aux nouvelles normes pour entrevoir un futur positif.